Montréal dans tous les sens : musique!

 

You know someone said that the world’s a stage.

And each must play a part.
Elvis Presley, paraphrasant Shakespeare.

 

Montréal est une ville qui se donne volontiers en spectacle. Cest une immense scène où se brouille la distinction entre spectateur et acteur, où se questionne le rapport entre la performance et la vie quotidienne. Vivre dans cette ville, ou la visiter, cest accepter d’être sollicité à limproviste, au détour dune balade. Cest participer, aussi, à cette symphonie des sens.

Il faut être sourd pour ne pas entendre la musique couler dans les rues de Montréal comme le sang chaud dans ses veines métissées. Déjà, il y a près dun siècle, grâce à la prohibition américaine et au développement du transport ferroviaire, la communauté noire de la Petite-Bourgogne contribuait à faire de Montréal un hub mondial du jazz, en concurrence directe avec New York.

Samedi dernier, depuis la terrasse du toit dUbisoft, où des virtuoses montréalais endiablaient la performance du Français Arthur H., un amoureux de la métropole, les vagues sonores déferlaient dans le quartier du Mile-End, terre daccueil des Arcade Fire, Socalled et autres ambassadeurs dici sur la scène internationale.

Par beau temps, l’été, depuis les recoins du Plateau jusquau sommet du Mont-Royal, les pianos publics de Montréal invitent de leurs mélodies parfois timides les passants à sarrêter, pour entendre ou pour laisser glisser, eux aussi, leurs doigts sur les claviers usés. Il ny a pas si longtemps dailleurs, dix-sept pianos ont joué au diapason « Tout le monde en même temps » de Louis-Jean Cormier.

 

Les pianos publics de Montréal au diapason, par Portraits de Montréal

 Pour ceux qui préfèrent taper que pianoter, et danser sous le soleil dominical, la tradition des tam-tams, qui remonte sans doute aux années peace and love, se poursuit chaque semaine devant le monument de Sir George-Étienne Cartier. Au Parc Jean-Drapeau, les beatbox et platines du Piknic Electronik remplacent les peaux, mais le concept demeure le même: danser jusqu’au couchant, et même après. D’autres initiatives telles LunchBeat Montréal vont jusqu’à inviter les travailleurs à se dégourdir sur les rythmes électro… pendant leur heure de dîner!

Lhiver, on trouve encore des musiciens-citoyens dans les couloirs souterrains, dont les « Étoiles du métro » de la STM. Le Piknic se transforme en Igloofest. Et même si les grandes baies vitrées des bars se sont refermées, la neige n’étouffe pas complètement l’écho sourd des nombreux artistes locaux et internationaux qui chauffent leur public à lintérieur.

De la musique, il en pleut l’été sur les places publiques, dans lenchaînement des festivals et des fêtes de quartier, et quand lOrchestre symphonique sinvite au Parc Olympique ou au belvédère Kondiaronk. Il nen sort pas seulement des nombreux bars et salles de spectacles de la ville : il en sort aussi des sous-sols, des espaces commerciaux convertis en locaux de pratique par des aspirants Malajube ou Half Moon Run. Même nos lieux de culte résonnent aujourdhui dune musique résolument moins religieuse. Il sy fait des amalgames nouveau genre, comme lorsque Misteur Valaire et lOrchestre métropolitain investissent l’Église Saint-Jean Baptiste. La musique, en dautres mots, nous sort par les oreilles.

 

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Source : Parc olympique

La musique est un important moteur économique pour Montréal. Les nouveaux festivals du mois daoût, dont Osheaga et Heavy MTL, ont permis de surpasser la performance hôtelière du Grand Prix en attirant une nouvelle classe de touristes. Le Piknic a maintenant un cousin à Barcelone. Même des musiciens moins connus, comme Poirier, réussissent à vivre de leur art grâce à leur réputation internationale. Un artiste comme Boogat peut rapper, ici comme ailleurs, dans son espagnol maternel. Et quand ils sont en tournée partout dans le monde, cest la marque Montréal que ces ambassadeurs promeuvent.

Poirier avec Boogat Que Viva (vidéo officiel)

 

je vois mtl est à la recherche de projets pour donner un nouvel élan à Montréal. Il serait surprenant quaucun dentre eux nait la musique comme matière première. Vous avez des idées? Vous connaissez des gens qui en ont? Il y a une place pour vous dans je vois mtl!

 

Louis-Félix Binette

Voir Montréal

Voir Montréal, c’est aussi accepter de voir ce qu’on préfère habituellement ignorer. L’itinérance, composante majeure du paysage montréalais, en est un bon exemple. Le gouvernement fédéral estime à 30 000 le nombre d’itinérants dans notre ville, soit 20 % de tous les itinérants du pays[1]. C’est dire que si l’on veut dresser le portrait de Montréal, on ne peut pas, en bonne conscience, ignorer ceux qui vivent dans ses rues.

Pourtant, soyons honnête : qui n’est pas déjà passé à côté d’un itinérant, pressant le pas, le regard rivé au sol, évitant toute forme de réaction à la question fatidique ‘Vous avez un peu de change ?’. L’on se forge toutes sortes de prétextes pour faire l’aveugle, du type, ‘je n’ai que des billets en poche, et de toute façon, il sent l’alcool. Si je lui donne de l’argent, il va s’acheter une bière’. L’on se dit aussi que c’est plutôt le rôle du gouvernement de les aider.

Mais si celui-ci met effectivement en place des plans d’action, c’est seulement sur le long terme que l’on verra une différence. À Montréal, l’espace disponible pour héberger les itinérants s’élève à peine à 1 600[2] (selon les données de 2011); c’est dire qu’il y a du travail à faire… Hormis le manque de logement, les itinérants doivent affronter un autre fléau : la solitude. Le sentiment terrible d’avoir été abandonnés par la société et d’être ignorés par leurs concitoyens.

Nous, citoyens de Montréal, avons le pouvoir d’agir et de faire une différence au quotidien dans la vie de ces personnes démunies.

On se rappelle tous du scandale des pics anti-itinérants devant la vitrine d’Archambault. Heureusement, de nombreux citoyens ont élevé la voix contre cette pratique scandaleuse. Et les pics n’ont pas fait long feu : nous avons été pris au sérieux.

Collectivement, il y a tant de choses que nous pourrions faire pour améliorer leur sort. À San Francisco, un autobus a été transformé en douches mobiles. À New York, un coiffeur a passé ses fins de semaine à couper gratuitement leurs cheveux. Suite à son décès, on a appris récemment que Robin Williams imposait à toute personne voulant collaborer avec lui, d’embaucher également des itinérants pour effectuer des petits boulots[3]. Ce ne sont là que quelques exemples de ce qu’il est possible de faire.

Le blogue Humans of the Street, qui fait partie d’un des projets de Portraits de Montréal, donne la parole à ces citoyens de la rue. Touchantes et authentiques, leurs histoires nous bouleversent et nous apprennent que ses hommes et femmes au passé souvent difficile ont beaucoup à nous apprendre et à nous dire. Il suffit de s’intéresser à eux. Et pour me l’être fait répéter, le simple fait de prendre le temps de les écouter fait une grosse différence dans leur journée. Hier encore, je demandais à Jeff, rencontré Place des Arts, ce que l’on pouvait faire pour rendre son quotidien plus agréable. Sa réponse : « Me sourire ».

Voir Montréal, c’est voir, au-delà de leur situation d’itinérants, des êtres humains qui ont beaucoup à partager.

Mikaël Theimer 

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[1] Source : L’omniprésente Itinérance, Philippe Orfali, Le Devoir, 26 juillet 2014.

[2] Source : L’itinérance à Montréal en chiffre, Radio Canada, 4 février 2014.

[3] Source : RadarOnline, 18 août 2014.

Répondez à notre court questionnaire sur la fierté montréalaise, vous aussi! jevoismtl.com/votreopinion/fier

Répondez à notre court questionnaire sur la fierté montréalaise, vous aussi! jevoismtl.com/votreopinion/fier

Quatre chantiers pour contribuer à relancer la métropole et son économie

Le Grand Montréal nous plonge dans l’ambivalence. D’un côté, c’est une métropole unique en Amérique du Nord et célébrée comme telle. De l’autre, elle vit sous son potentiel depuis trop longtemps. je vois mtl entend changer la situation en nous secouant collectivement! Il s’agit d’un appel à l’action pour que nous nous lancions sans retenue vers l’avenir.

je vois mtl vise à contribuer à la relance de la métropole et de son économie. Quatre chantiers nous paraissent prioritaires.

Le premier nous projette collectivement dans l’avenir, à partir de nos forces, mais aussi des défis qui sont les nôtres. Il s’agit du chantier « identité et aspiration ».

Pour accélérer sa croissance économique et favoriser une prospérité durable, le Grand Montréal doit accueillir des entreprises de tous types (start-up, entreprises familiales, coop, etc.) capables de  croître plus rapidement et surtout, de se sentir interpellées par l’avenir de la métropole. C’est le chantier « entreprises ».

Pour qu’il y ait davantage d’entreprises et de gazelles, Montréal doit compter sur l’expertise et la créativité de nombreuses personnes. C’est le chantier « talent ». Nous devons tendre la main à ceux qui ont été « laissés derrière ». On pense ici à ceux qui ont décroché, qui sont sous-scolarisés ou encore aux nouveaux Montréalais dont les diplômes internationaux ne sont pas reconnus. D’autre part, nous devons attirer, et surtout, retenir les talents, quelle que soit leur provenance.

Enfin, les entreprises et les citoyens de la région évoluent dans un cadre géographique commun : c’est le chantier « cadre de vie ». Ce cadre doit être efficace, inspirant et sain, notamment d’un point de vue de ses infrastructures, de son design et de son environnement.

Ces quatre chantiers sont pensés dans la perspective d’une prise en charge par les leaders de la communauté : nous ne souhaitons pas dire au gouvernement quoi faire, mais nous demandons ce que nous, en tant que citoyens, pouvons faire.

Par « leader », nous entendons quiconque est en position d’agir pour la métropole, qu’il soit le président d’une banque ou d’une association de quartier dynamique. Bref, quiconque peut répondre à notre « appel à l’action ».

Depuis plusieurs semaines, nous parcourons la région métropolitaine afin de convaincre les leaders de s’engager et d’agir. Nous avons rencontré plus de 300 personnes : gens d’affaire, universitaires, syndicalistes, citoyens, organismes communautaires, associations, intellectuels, rêveurs.

Bientôt, notre site Internet ouvrira la discussion à tous les Montréalais. Ce sera alors à vous de passer à l’action!

Félix-Antoine Joli-Cœur, chef de projet de je vois mtl

Point de vue sur la ville

Comment fait-on pour « voir » un objet aussi vaste et complexe qu’une ville, aussi diversifié que Montréal? Comment fait-on pour « voir » un objet quand on a plus que le nez collé dessus: quand on vit dedans? Comment fait-on pour « voir » collectivement cet objet quand on est presque quatre millions de paires d’yeux dans la région métropolitaine? C’est la notion même du regard qui est questionnée ici.

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Visualiser sa ville

On s’en remet généralement, pour visualiser de grands territoires, à la cartographie. On trace sur de grandes feuilles des lignes qui représentent les tracés de notre environnement: les contours d’une île oblongue, ceux d’une petite soeur au nord, les berges d’un fleuve, puis le quadrillé des rues d’une ville moderne. Plus récemment, grâce notamment à Google, on peut même agrandir cette carte jusqu’à voir le toit de nos maisons. On peut y rentrer pour se balader virtuellement dans notre ville, y croiser parfois des voisins, figés par le regard d’une caméra à neuf lentilles.

Grâce aux données recueillies et rendues publiques par la Ville, on peut aussi en apprendre davantage sur des éléments précis de la ville, comme sur cet immense peuplier qui trône au milieu de la cour derrière chez moi, ou sur près de 250 000 arbres de Montréal. On peut aussi jouer avec les données géolocalisées que produisent chaque jour les Montréalais, comme l’ont fait les génies de Livehoods pour dresser une cartographie vivante des quartiers de Montréal — pas ceux qu’on a tracés historiquement sur une carte, mais ceux que l’on vit au jour le jour, au fil de nos déambulations urbaines. 

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Qui dit regard dit point de vue.

Mais ce ne sont pas tant les amalgames statistiques qui nous intéressent que ce que les individus eux-mêmes voient, au quotidien. Au-delà de ce qu’ils voient, on veut surtout comprendre le regard qu’ils portent. C’est leurs différents points de vue qu’on aimerait pouvoir revêtir, ressentir — si seulement la réalité virtuelle le permettait. L. Jacques Ménard, un des initiateurs de je vois mtl, écrivait lundi dernier, que c’est « l’oeil neuf du touriste » qui l’inspirait. Qu’en est-il du Montréalais? Pourrait-il lui-même être encore capable d’émerveillement, malgré ses « yeux habitués »?

J’observe depuis quelques semaines les conversations qu’ont les Montréalais, en recensant plus de 400 mots-clés, en français comme en anglais, sur les réseaux publics: Twitter, Facebook, les blogs, les forums, etc. Je cherche, je scrute pour voir quelles flammes, quelles étincelles subsistent encore dans leur discours sur leur ville. J’essaie de « voir » Montréal à travers les mots qu’on emploie pour en parler.

C’est une tâche délicate, parce que toute nouvelle — du nouveau contrat de P.K. Subban à l’ouverture d’une boutique Victoria’s Secret dans une librairie sur la Sainte-Catherine Ouest — provoque un bruit énorme pour celui qui cherche le fin détail, un peu comme le rugissement des tronçonneuses ou des tondeuses à gazon distrairait celui qui cherche à distinguer le chant des oiseaux. Ou comme une lampe de poche pointée dans la lunette d’un télescope. Mais celui qui patiemment observe finit toujours par trouver. Il se cache, dans nos conversations, dans nos échanges, dans nos projets, la véritable essence de ce que nous voyons en Montréal.

Et « voir Montréal », c’est se donner un moment, une plateforme où l’on peut, hors du brouhaha du quotidien, loin des boutades politiques, donner libre cours à ces conversations. Voir Montréal, c’est s’offrir un endroit, une communauté, où nos idées peuvent devenir projets et où nos actions, partagées, peuvent nous inspirer. Nous inspirer les mots qu’il nous faut pour parler de nous-mêmes avec fierté. Nous inspirer aussi la passion, la flamme nécessaire pour donner, ensemble, un nouvel élan à Montréal.

Louis-Félix Binette

La culture dans mon quartier, j’y tiens! J’y contribue! J’y participe!

À l’instar des autres grandes métropoles cosmopolites du monde, Montréal fait face à de grands défis de développement, tant en termes économiques que sociaux.

C’est aujourd’hui un fait reconnu : les arts et la culture sont un enjeu fondamental pour le développement économique et le rayonnement de Montréal. Une étude récente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain - à laquelle a participé Culture Montréal - évalue à 12 milliards de dollars les retombées économiques de la culture pour la région métropolitaine. (La culture à Montréal : impacts économiques et financement privé, Chambre de commerce du Montréal métropolitain, novembre 2009).

De plus, dans une perspective de développement durable, il faut également inscrire les arts et la culture comme un important facteur de cohésion sociale et de bien-être des communautés. De nombreuses recherches démontrent l’impact majeur des arts et de la culture sur les milieux de vie, notamment sur le sentiment d’appartenance (à un quartier, une ville, une communauté), les relations entre voisins (entraide, tolérance), et l’amélioration de la sécurité urbaine (prévention de la délinquance).

La littérature scientifique témoigne aussi de l’existence d’un lien fort entre les arts et la culture et un ensemble d’indicateurs d’intégration socio-économiques: taux de diplomation post-secondaire, employabilité, engagement civique, participation aux élections, etc. Les arts et la culture contribuent à la formation de citoyens créatifs, mieux intégrés et plus aptes à relever les défis des nouvelles « sociétés du savoir » comme la nôtre.

Le développement des quartiers culturels doit s’appuyer sur le travail de concertation de l’ensemble des acteurs et partenaires concernés par cet enjeu. Il s’inscrit dans une démarche de développement de la métropole culturelle mais doit obligatoirement s’ancrer au cœur des communautés montréalaises locales, en fonction des besoins et particularités de chacune d’entre elles.

Développer et soutenir les arts et la culture dans un quartier, dans notre ville, sur l’étendue du territoire, c’est ouvrir la porte à une contribution réelle des citoyens, leur permettant ainsi de se réapproprier pleinement leur ville, de la célébrer dans toute sa vitalité et de se projeter avec optimisme dans l’avenir.

Dans cette perspective, pourquoi ne pas profiter de ce billet pour faire connaître aux Montréalais le secret culturel le mieux gardé dans votre quartier? Dites-nous!   

Manon Barbeau, fondatrice et directrice générale du Wapikoni Mobile et présidente du comité Quartiers culturels de Culture Montréal

Montréal voit naître chaque jour des initiatives qui transforment notre ville. Dans les faits, ces projets ne manquent pas : ultra locaux ou ambitieux, de ruelles vertes aux programmes pour attirer les étudiants étrangers, des regroupements de start-ups aux projets qui redéfinissent notre identité.Avant d’aller plus loin dans sa démarche, je vois mtl veut mieux comprendre comment les Montréalais perçoivent leur métropole et le rôle qu’ils peuvent jouer pour la rendre plus prospère. Nous avons donc 4 questions rapides pour vous.
Notre étude est toujours en cours! Vous aussi, partagez votre opinion sur jevoismtl.com/votreopinion

Montréal voit naître chaque jour des initiatives qui transforment notre ville. Dans les faits, ces projets ne manquent pas : ultra locaux ou ambitieux, de ruelles vertes aux programmes pour attirer les étudiants étrangers, des regroupements de start-ups aux projets qui redéfinissent notre identité.


Avant d’aller plus loin dans sa démarche, je vois mtl veut mieux comprendre comment les Montréalais perçoivent leur métropole et le rôle qu’ils peuvent jouer pour la rendre plus prospère. Nous avons donc 4 questions rapides pour vous.


Notre étude est toujours en cours! Vous aussi, partagez votre opinion sur jevoismtl.com/votreopinion

Je vois Montréal… dans les yeux des autres

Vous les avez vus aussi. Appareil photo au cou, le nez dans une carte, assis dans une calèche… Ils sont nombreux, notamment dans le Vieux-Montréal où se trouvent mes bureaux. Quand je vois les touristes, je me plais à imaginer comment ils ont arrêté leur choix sur Montréal parmi tant de villes nord-américaines.

Nous, nous voyons Montréal avec des yeux habitués. Ses atouts se fondent dans le quotidien. Mais imaginez ce qui apparaît à l’œil neuf du visiteur. Les vieilles pierres qui côtoient la grande ville moderne, le charme européen, la langue française, le fleuve, une abondance de bons restaurants, une vie culturelle bourdonnante, que l’on soit amateur de spectacle ou de musée. Pouvez-vous nommer ne serait-ce qu’une seule autre ville nord-américaine de plus d’un million de personnes où on peut se rassembler soir après soir par milliers dans une suite ininterrompue de festivals et cela, sans craindre pour sa sécurité?  Montréal, c’est la métropole de taille humaine où il fait bon vivre, la ville universitaire épicentre de créativité.

Il y a plein de raisons pour qu’un visiteur dise wow! en découvrant Montréal. On devrait peut-être s’inspirer du regard des autres pour réaliser tout le potentiel de notre métropole. C’est un peu l’esprit de notre démarche d’ailleurs, un désir de regarder Montréal avec un œil neuf pour lui donner un nouvel élan avec toute sa communauté. C’est le sens du mouvement Je vois Montréal (jevoismtl.com) qui donnera lieu à un événement citoyen en novembre prochain.

Je vous rappelle comment est née cette initiative. Il y a deux ans, alors que Montréal était au plus bas et que les controverses se succédaient, il m’est venu à l’idée que d’autres métropoles comparables à la nôtre avaient certainement su se relever d’une mauvaise passe pour renouer avec la bonne humeur et la prospérité. À mon invitation, le Boston Consulting Group (BCG) qui venait de se donner pignon sur rue à Montréal a bien accepté de fouiller gracieusement la question en mettant à profit son réseau international de chercheurs et spécialistes en gestion et en économie comparée. Après plus d’un an de travail, il en a découlé une analyse riche en enseignements contenus dans le rapport « Créer un nouvel élan à Montréal » qui fut publié en février dernier et est disponible pour téléchargement à http://www.bmo.com/ci/files/Creer_un_nouvel_elan_a_Montreal.pdf

Nous avons ainsi comparé Montréal à sept métropoles du monde qui sont passées du déclin à la croissance. Nous avons analysé les moyens mis de l’avant pour renverser la tendance. Nous avons démontré que les mêmes stratégies ont été employées. Par exemple, partout on a mobilisé la communauté, mis en place un leadership au niveau métropolitain appuyé par les gouvernements supérieurs; on a misé sur les forces inhérentes de la ville sans chercher à réinventer la roue; on a identifié un nombre restreint de projets et de priorités vers lesquels on a canalisé les investissements privés et publics; partout la relance a aussi comporté un volet « qualité de vie des citoyens » avec embellissement de la ville, accès aux berges, verdissement, etc.  Nous avons ensuite questionné près de 60 leaders de tous les horizons de notre métropole pour déterminer les atouts et les défis de Montréal. Puis, en mariant leurs points de vue avec les stratégies qui ont fait leurs preuves ailleurs, nous avons élaboré un programme de relance en 10 points.

La suite maintenant appartient à nous tous. L’originalité de cette démarche est qu’elle n’est pas une liste d’épicerie adressée aux gouvernements. C’est un mouvement citoyen et apolitique qui veut rassembler les forces vives de Montréal. C’est la communauté qui se mobilise, de manière fière et responsable, pour faire équipe avec les élus et le maire Coderre au premier chef, pour redonner à Montréal tout son lustre, son prestige et son dynamisme. Et nous allons tous y gagner. Si Montréal tourne à plein régime et brille de tous ses feux, le Québec entier en profitera, parce que notre métropole, c’est plus de la moitié de l’économie du Québec et des revenus fiscaux du gouvernement du Québec.

Depuis plusieurs mois déjà, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain est à pied d’œuvre avec des représentants de tous les horizons de la métropole pour organiser l’événement citoyen  du 17 novembre prochain. Vous y avez votre place. Et vous, comment voyez-vous Montréal?

L. Jacques Ménard, C.C., O.Q.                                                                             Président de BMO Groupe financier, Québec                                                             Président du conseil de BMO Nesbitt Burns

Je veux vous vendre une salade

Elle est verte. Délicieuse. Ses feuilles sont croquantes. Elle est réputée bonne pour votre santé. Elle s’accompagne de toute votre créativité culinaire, en hiver comme en été.

Cette salade, elle vient de Montréal.

Elle a été cueillie ce matin-même et vous  vous apprêtez à la manger. Elle fait partie d’une nouvelle diète à la mode qui se calcule non pas en calories mais en kilomètres.

La région métropolitaine concentre parmi les meilleures terres agricoles du Québec. Chaque année, notre zone agricole s’effrite, parcelle par parcelle.

Le paysage nourricier de notre métropole change, s’adapte, et se transforme. Un tiers des Montréalais pratiquent l’agriculture urbaine. Depuis quelques années, de nombreux organismes à vocation environnementale et citoyenne, en plus des municipalités, proposent des parcelles de terre en ville aux citoyens. L’agriculture urbaine a ses vertus, notamment afin d’assurer la sécurité alimentaire de nombreux citoyens. Elle permet aussi d’optimiser les kilomètres carrés de toitures bitumées des bâtiments de la ville, qui ne demanderaient pourtant qu’à servir.

Le retour de l’agriculture comme secteur d’activité économique prend tout un autre visage dans la métropole : celui des serres implantées dans nos parcs industriels qui sont parfois en recherche d’une nouvelle vocation ou de nouvelles entreprises pour occuper les immeubles. Des pionniers tracent le chemin. Des entrepreneurs armés d’une vision durable de notre métropole doublée d’un modèle d’affaires innovateur en matière de production et de distribution.

Je rêve à cette salade délicieuse au quotidien, au développement des serres commerciales dans la métropole, qui redessinent le paysage terne des abords d’autoroute et de voies ferrées en y apportant d’une riche palette de couleurs vives et de matériaux transparents.  Je vois ces entreprises qui carburent aux rayons du soleil, à l’agriculteur dont je connais le prénom et que je rencontre au marché chaque semaine et cela m’apporte un baume face au discours ambiant sur les changements climatiques.

Un des événements de Montréal auquel j’aime le plus participer chaque année est le Marché de la brunante, organisé par la Conférence régionale des élus de Montréal à la Société des arts technologiques. Tous les derniers producteurs agricoles de l’archipel – les irréductibles – accompagnés des nouveaux venus des quartiers centraux qui produisent notamment du miel sur les toits et sur les terrains en friches, des légumes en serre et des produits locaux transformés y sont. Non, il n’y a pas d’ananas, de papayes et de caramboles. Mais il y a tant de fierté. Mes amis et moi remplissons nos sacs à ras-bord, pour ensuite nous cuisiner un souper 100% local. J’aimerais que cette expérience annuelle gustative soit possible de manière hebdomadaire.

Je songe aux conditions économiques à mettre en place pour favoriser les activités de ces nouveaux producteurs agricoles en milieu urbain. Ils respectent tous les devoirs nécessaires à la production alimentaire. Mais jouissent-ils des mêmes avantages que leurs confrères ruraux ? Comment peut-on soutenir davantage ces entrepreneurs nouveau genre ? Quels seraient les incitatifs à mettre en place pour un producteur qui n’est pas établi en zone verte mais bien en zone urbaine ?

Je veux manger de cette salade 100% locale aujourd’hui pour dîner. Tiens donc, il n’y en a plus au marché aujourd’hui…elles ont toutes été vendues!

Olivier Lapierre

La fierté et le rêve

Il est fascinant d’écouter les conversations des Montréalais quand ils parlent de leur ville. La météo occupe évidemment une place particulièrement importante ainsi que la circulation routière et l’état des chaussées. Ces habitants du 45e parallèle nord font, cela dit, preuve d’une impressionnante dose de relativisme, eux qui subissent chaque année quatre saisons intenses et marquées, dont le temps peut varier du tout au tout, en un simple claquement de doigts.

Toutefois, les Montréalais ne rentrent pas leur langue dans leur poche aussi rapidement qu’ils rangent, dès l’arrivée des beaux jours en avril, tuques et manteaux d’hiver, malgré le célèbre dicton. Au contraire, que cette langue soit de Shakespeare ou de Molière, ils l’ont toujours bien pendue! Et ils hésitent rarement à s’en servir pour le débat ou la harangue. Du parvis des églises aux confins de Twitter, en passant par les pages des grands quotidiens, l’espace public montréalais ne craint pas l’opinion. Mais qu’apprend-on au juste, quand on analyse ces conversations?

Le Montréalais aime bien les bonnes nouvelles. Il se réjouit facilement à l’annonce d’un changement positif dans son quotidien ou son quartier. Il s’enthousiasme aussi quand on lui fait miroiter une innovation à venir, promesse d’un meilleur avenir. Il prête l’oreille lorsqu’un étranger parle en bien de sa ville. Et il n’hésite pas à passer le mot si l’un des siens parvient à se distinguer outremer, pour ses talents d’artiste ou sa réussite en affaires — ou, encore mieux, pour les deux!

Bien sûr, il y en bien toujours quelques-uns qui « chiâlent » et mettent un terme aux réjouissances. Ces empêcheurs de tourner en rond ne font pas exception : le Montréalais porte en lui le germe du doute comme celui de la passion. C’est dans sa nature. S’il se réjouit de l’embellie, il ne s’emballe pas pour autant. Après tout, une hirondelle ne fait pas le printemps. Un grand projet pour sa ville l’animera certainement. Il y verra un champ de possibles; un simple pont deviendra une porte d’entrée, un symbole international, un moteur d’innovation. Mais, sans être défaitiste, il verra aussi planer l’ombre de l’échec potentiel. Et si tout ne marchait pas comme prévu?

Parce que le Montréalais en a vu d’autres. Il est fier mais pas vantard. C’est un ambitieux modeste. Il a la célébration facile, mais il déteste la pompe et le faste. Il a le coude léger et le cœur sur la main, mais c’est d’un seul œil qu’il veille ou qu’il rêve, car il craint les lendemains. Il vit à la fois avec la promesse du printemps et la fatalité de l’automne. La fierté et le rêve, il les porte à la fois comme victoire et revers, comme médaille et comme croix.

Nous avons la chance unique de vivre dans une ville qui n’est pas faite d’absolus, où nous savons nous comprendre, parfois même sans parler la même langue. Alors, si on voulait organiser un grand dialogue entre nous, Montréalais, quel devrait en être l’objet?

  • Nous n’aurions certainement aucun mal à aborder l’avenir, pourvu qu’il ne nous écarte pas trop de notre souci du présent.
  • Nous envisagerions une discussion de nos talents et de ceux que nous n’avons pas, dans la mesure où ce n’est pas seulement pour en faire la critique ou l’étalage.
  • Nous accepterions volontiers des invitations à entreprendre, mais il nous faudrait pouvoir le faire à notre façon.
  • Nous contribuerions activement à l’ébauche de grands projets, pour peu qu’on s’attarde à leurs bénéfices concrets.

Il est peut-être temps de nous donner, dans ce dialogue, un regard collectif sur ce que nous sommes, pour mieux voir ensemble tout ce que nous pouvons devenir.

Louis-Félix Binette