Quatre chantiers pour contribuer à relancer la métropole et son économie

Le Grand Montréal nous plonge dans l’ambivalence. D’un côté, c’est une métropole unique en Amérique du Nord et célébrée comme telle. De l’autre, elle vit sous son potentiel depuis trop longtemps. je vois mtl entend changer la situation en nous secouant collectivement! Il s’agit d’un appel à l’action pour que nous nous lancions sans retenue vers l’avenir.

je vois mtl vise à contribuer à la relance de la métropole et de son économie. Quatre chantiers nous paraissent prioritaires.

Le premier nous projette collectivement dans l’avenir, à partir de nos forces, mais aussi des défis qui sont les nôtres. Il s’agit du chantier « identité et aspiration ».

Pour accélérer sa croissance économique et favoriser une prospérité durable, le Grand Montréal doit accueillir des entreprises de tous types (start-up, entreprises familiales, coop, etc.) capables de  croître plus rapidement et surtout, de se sentir interpellées par l’avenir de la métropole. C’est le chantier « entreprises ».

Pour qu’il y ait davantage d’entreprises et de gazelles, Montréal doit compter sur l’expertise et la créativité de nombreuses personnes. C’est le chantier « talent ». Nous devons tendre la main à ceux qui ont été « laissés derrière ». On pense ici à ceux qui ont décroché, qui sont sous-scolarisés ou encore aux nouveaux Montréalais dont les diplômes internationaux ne sont pas reconnus. D’autre part, nous devons attirer, et surtout, retenir les talents, quelle que soit leur provenance.

Enfin, les entreprises et les citoyens de la région évoluent dans un cadre géographique commun : c’est le chantier « cadre de vie ». Ce cadre doit être efficace, inspirant et sain, notamment d’un point de vue de ses infrastructures, de son design et de son environnement.

Ces quatre chantiers sont pensés dans la perspective d’une prise en charge par les leaders de la communauté : nous ne souhaitons pas dire au gouvernement quoi faire, mais nous demandons ce que nous, en tant que citoyens, pouvons faire.

Par « leader », nous entendons quiconque est en position d’agir pour la métropole, qu’il soit le président d’une banque ou d’une association de quartier dynamique. Bref, quiconque peut répondre à notre « appel à l’action ».

Depuis plusieurs semaines, nous parcourons la région métropolitaine afin de convaincre les leaders de s’engager et d’agir. Nous avons rencontré plus de 300 personnes : gens d’affaire, universitaires, syndicalistes, citoyens, organismes communautaires, associations, intellectuels, rêveurs.

Bientôt, notre site Internet ouvrira la discussion à tous les Montréalais. Ce sera alors à vous de passer à l’action!

Félix-Antoine Joli-Cœur, chef de projet de je vois mtl

Point de vue sur la ville

Comment fait-on pour « voir » un objet aussi vaste et complexe qu’une ville, aussi diversifié que Montréal? Comment fait-on pour « voir » un objet quand on a plus que le nez collé dessus: quand on vit dedans? Comment fait-on pour « voir » collectivement cet objet quand on est presque quatre millions de paires d’yeux dans la région métropolitaine? C’est la notion même du regard qui est questionnée ici.

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Visualiser sa ville

On s’en remet généralement, pour visualiser de grands territoires, à la cartographie. On trace sur de grandes feuilles des lignes qui représentent les tracés de notre environnement: les contours d’une île oblongue, ceux d’une petite soeur au nord, les berges d’un fleuve, puis le quadrillé des rues d’une ville moderne. Plus récemment, grâce notamment à Google, on peut même agrandir cette carte jusqu’à voir le toit de nos maisons. On peut y rentrer pour se balader virtuellement dans notre ville, y croiser parfois des voisins, figés par le regard d’une caméra à neuf lentilles.

Grâce aux données recueillies et rendues publiques par la Ville, on peut aussi en apprendre davantage sur des éléments précis de la ville, comme sur cet immense peuplier qui trône au milieu de la cour derrière chez moi, ou sur près de 250 000 arbres de Montréal. On peut aussi jouer avec les données géolocalisées que produisent chaque jour les Montréalais, comme l’ont fait les génies de Livehoods pour dresser une cartographie vivante des quartiers de Montréal — pas ceux qu’on a tracés historiquement sur une carte, mais ceux que l’on vit au jour le jour, au fil de nos déambulations urbaines. 

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Qui dit regard dit point de vue.

Mais ce ne sont pas tant les amalgames statistiques qui nous intéressent que ce que les individus eux-mêmes voient, au quotidien. Au-delà de ce qu’ils voient, on veut surtout comprendre le regard qu’ils portent. C’est leurs différents points de vue qu’on aimerait pouvoir revêtir, ressentir — si seulement la réalité virtuelle le permettait. L. Jacques Ménard, un des initiateurs de je vois mtl, écrivait lundi dernier, que c’est « l’oeil neuf du touriste » qui l’inspirait. Qu’en est-il du Montréalais? Pourrait-il lui-même être encore capable d’émerveillement, malgré ses « yeux habitués »?

J’observe depuis quelques semaines les conversations qu’ont les Montréalais, en recensant plus de 400 mots-clés, en français comme en anglais, sur les réseaux publics: Twitter, Facebook, les blogs, les forums, etc. Je cherche, je scrute pour voir quelles flammes, quelles étincelles subsistent encore dans leur discours sur leur ville. J’essaie de « voir » Montréal à travers les mots qu’on emploie pour en parler.

C’est une tâche délicate, parce que toute nouvelle — du nouveau contrat de P.K. Subban à l’ouverture d’une boutique Victoria’s Secret dans une librairie sur la Sainte-Catherine Ouest — provoque un bruit énorme pour celui qui cherche le fin détail, un peu comme le rugissement des tronçonneuses ou des tondeuses à gazon distrairait celui qui cherche à distinguer le chant des oiseaux. Ou comme une lampe de poche pointée dans la lunette d’un télescope. Mais celui qui patiemment observe finit toujours par trouver. Il se cache, dans nos conversations, dans nos échanges, dans nos projets, la véritable essence de ce que nous voyons en Montréal.

Et « voir Montréal », c’est se donner un moment, une plateforme où l’on peut, hors du brouhaha du quotidien, loin des boutades politiques, donner libre cours à ces conversations. Voir Montréal, c’est s’offrir un endroit, une communauté, où nos idées peuvent devenir projets et où nos actions, partagées, peuvent nous inspirer. Nous inspirer les mots qu’il nous faut pour parler de nous-mêmes avec fierté. Nous inspirer aussi la passion, la flamme nécessaire pour donner, ensemble, un nouvel élan à Montréal.

Louis-Félix Binette

La culture dans mon quartier, j’y tiens! J’y contribue! J’y participe!

À l’instar des autres grandes métropoles cosmopolites du monde, Montréal fait face à de grands défis de développement, tant en termes économiques que sociaux.

C’est aujourd’hui un fait reconnu : les arts et la culture sont un enjeu fondamental pour le développement économique et le rayonnement de Montréal. Une étude récente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain - à laquelle a participé Culture Montréal - évalue à 12 milliards de dollars les retombées économiques de la culture pour la région métropolitaine. (La culture à Montréal : impacts économiques et financement privé, Chambre de commerce du Montréal métropolitain, novembre 2009).

De plus, dans une perspective de développement durable, il faut également inscrire les arts et la culture comme un important facteur de cohésion sociale et de bien-être des communautés. De nombreuses recherches démontrent l’impact majeur des arts et de la culture sur les milieux de vie, notamment sur le sentiment d’appartenance (à un quartier, une ville, une communauté), les relations entre voisins (entraide, tolérance), et l’amélioration de la sécurité urbaine (prévention de la délinquance).

La littérature scientifique témoigne aussi de l’existence d’un lien fort entre les arts et la culture et un ensemble d’indicateurs d’intégration socio-économiques: taux de diplomation post-secondaire, employabilité, engagement civique, participation aux élections, etc. Les arts et la culture contribuent à la formation de citoyens créatifs, mieux intégrés et plus aptes à relever les défis des nouvelles « sociétés du savoir » comme la nôtre.

Le développement des quartiers culturels doit s’appuyer sur le travail de concertation de l’ensemble des acteurs et partenaires concernés par cet enjeu. Il s’inscrit dans une démarche de développement de la métropole culturelle mais doit obligatoirement s’ancrer au cœur des communautés montréalaises locales, en fonction des besoins et particularités de chacune d’entre elles.

Développer et soutenir les arts et la culture dans un quartier, dans notre ville, sur l’étendue du territoire, c’est ouvrir la porte à une contribution réelle des citoyens, leur permettant ainsi de se réapproprier pleinement leur ville, de la célébrer dans toute sa vitalité et de se projeter avec optimisme dans l’avenir.

Dans cette perspective, pourquoi ne pas profiter de ce billet pour faire connaître aux Montréalais le secret culturel le mieux gardé dans votre quartier? Dites-nous!   

Manon Barbeau, fondatrice et directrice générale du Wapikoni Mobile et présidente du comité Quartiers culturels de Culture Montréal

Montréal voit naître chaque jour des initiatives qui transforment notre ville. Dans les faits, ces projets ne manquent pas : ultra locaux ou ambitieux, de ruelles vertes aux programmes pour attirer les étudiants étrangers, des regroupements de start-ups aux projets qui redéfinissent notre identité.Avant d’aller plus loin dans sa démarche, je vois mtl veut mieux comprendre comment les Montréalais perçoivent leur métropole et le rôle qu’ils peuvent jouer pour la rendre plus prospère. Nous avons donc 4 questions rapides pour vous.
Notre étude est toujours en cours! Vous aussi, partagez votre opinion sur jevoismtl.com/votreopinion

Montréal voit naître chaque jour des initiatives qui transforment notre ville. Dans les faits, ces projets ne manquent pas : ultra locaux ou ambitieux, de ruelles vertes aux programmes pour attirer les étudiants étrangers, des regroupements de start-ups aux projets qui redéfinissent notre identité.


Avant d’aller plus loin dans sa démarche, je vois mtl veut mieux comprendre comment les Montréalais perçoivent leur métropole et le rôle qu’ils peuvent jouer pour la rendre plus prospère. Nous avons donc 4 questions rapides pour vous.


Notre étude est toujours en cours! Vous aussi, partagez votre opinion sur jevoismtl.com/votreopinion

Je vois Montréal… dans les yeux des autres

Vous les avez vus aussi. Appareil photo au cou, le nez dans une carte, assis dans une calèche… Ils sont nombreux, notamment dans le Vieux-Montréal où se trouvent mes bureaux. Quand je vois les touristes, je me plais à imaginer comment ils ont arrêté leur choix sur Montréal parmi tant de villes nord-américaines.

Nous, nous voyons Montréal avec des yeux habitués. Ses atouts se fondent dans le quotidien. Mais imaginez ce qui apparaît à l’œil neuf du visiteur. Les vieilles pierres qui côtoient la grande ville moderne, le charme européen, la langue française, le fleuve, une abondance de bons restaurants, une vie culturelle bourdonnante, que l’on soit amateur de spectacle ou de musée. Pouvez-vous nommer ne serait-ce qu’une seule autre ville nord-américaine de plus d’un million de personnes où on peut se rassembler soir après soir par milliers dans une suite ininterrompue de festivals et cela, sans craindre pour sa sécurité?  Montréal, c’est la métropole de taille humaine où il fait bon vivre, la ville universitaire épicentre de créativité.

Il y a plein de raisons pour qu’un visiteur dise wow! en découvrant Montréal. On devrait peut-être s’inspirer du regard des autres pour réaliser tout le potentiel de notre métropole. C’est un peu l’esprit de notre démarche d’ailleurs, un désir de regarder Montréal avec un œil neuf pour lui donner un nouvel élan avec toute sa communauté. C’est le sens du mouvement Je vois Montréal (jevoismtl.com) qui donnera lieu à un événement citoyen en novembre prochain.

Je vous rappelle comment est née cette initiative. Il y a deux ans, alors que Montréal était au plus bas et que les controverses se succédaient, il m’est venu à l’idée que d’autres métropoles comparables à la nôtre avaient certainement su se relever d’une mauvaise passe pour renouer avec la bonne humeur et la prospérité. À mon invitation, le Boston Consulting Group (BCG) qui venait de se donner pignon sur rue à Montréal a bien accepté de fouiller gracieusement la question en mettant à profit son réseau international de chercheurs et spécialistes en gestion et en économie comparée. Après plus d’un an de travail, il en a découlé une analyse riche en enseignements contenus dans le rapport « Créer un nouvel élan à Montréal » qui fut publié en février dernier et est disponible pour téléchargement à http://www.bmo.com/ci/files/Creer_un_nouvel_elan_a_Montreal.pdf

Nous avons ainsi comparé Montréal à sept métropoles du monde qui sont passées du déclin à la croissance. Nous avons analysé les moyens mis de l’avant pour renverser la tendance. Nous avons démontré que les mêmes stratégies ont été employées. Par exemple, partout on a mobilisé la communauté, mis en place un leadership au niveau métropolitain appuyé par les gouvernements supérieurs; on a misé sur les forces inhérentes de la ville sans chercher à réinventer la roue; on a identifié un nombre restreint de projets et de priorités vers lesquels on a canalisé les investissements privés et publics; partout la relance a aussi comporté un volet « qualité de vie des citoyens » avec embellissement de la ville, accès aux berges, verdissement, etc.  Nous avons ensuite questionné près de 60 leaders de tous les horizons de notre métropole pour déterminer les atouts et les défis de Montréal. Puis, en mariant leurs points de vue avec les stratégies qui ont fait leurs preuves ailleurs, nous avons élaboré un programme de relance en 10 points.

La suite maintenant appartient à nous tous. L’originalité de cette démarche est qu’elle n’est pas une liste d’épicerie adressée aux gouvernements. C’est un mouvement citoyen et apolitique qui veut rassembler les forces vives de Montréal. C’est la communauté qui se mobilise, de manière fière et responsable, pour faire équipe avec les élus et le maire Coderre au premier chef, pour redonner à Montréal tout son lustre, son prestige et son dynamisme. Et nous allons tous y gagner. Si Montréal tourne à plein régime et brille de tous ses feux, le Québec entier en profitera, parce que notre métropole, c’est plus de la moitié de l’économie du Québec et des revenus fiscaux du gouvernement du Québec.

Depuis plusieurs mois déjà, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain est à pied d’œuvre avec des représentants de tous les horizons de la métropole pour organiser l’événement citoyen  du 17 novembre prochain. Vous y avez votre place. Et vous, comment voyez-vous Montréal?

L. Jacques Ménard, C.C., O.Q.                                                                             Président de BMO Groupe financier, Québec                                                             Président du conseil de BMO Nesbitt Burns

Je veux vous vendre une salade

Elle est verte. Délicieuse. Ses feuilles sont croquantes. Elle est réputée bonne pour votre santé. Elle s’accompagne de toute votre créativité culinaire, en hiver comme en été.

Cette salade, elle vient de Montréal.

Elle a été cueillie ce matin-même et vous  vous apprêtez à la manger. Elle fait partie d’une nouvelle diète à la mode qui se calcule non pas en calories mais en kilomètres.

La région métropolitaine concentre parmi les meilleures terres agricoles du Québec. Chaque année, notre zone agricole s’effrite, parcelle par parcelle.

Le paysage nourricier de notre métropole change, s’adapte, et se transforme. Un tiers des Montréalais pratiquent l’agriculture urbaine. Depuis quelques années, de nombreux organismes à vocation environnementale et citoyenne, en plus des municipalités, proposent des parcelles de terre en ville aux citoyens. L’agriculture urbaine a ses vertus, notamment afin d’assurer la sécurité alimentaire de nombreux citoyens. Elle permet aussi d’optimiser les kilomètres carrés de toitures bitumées des bâtiments de la ville, qui ne demanderaient pourtant qu’à servir.

Le retour de l’agriculture comme secteur d’activité économique prend tout un autre visage dans la métropole : celui des serres implantées dans nos parcs industriels qui sont parfois en recherche d’une nouvelle vocation ou de nouvelles entreprises pour occuper les immeubles. Des pionniers tracent le chemin. Des entrepreneurs armés d’une vision durable de notre métropole doublée d’un modèle d’affaires innovateur en matière de production et de distribution.

Je rêve à cette salade délicieuse au quotidien, au développement des serres commerciales dans la métropole, qui redessinent le paysage terne des abords d’autoroute et de voies ferrées en y apportant d’une riche palette de couleurs vives et de matériaux transparents.  Je vois ces entreprises qui carburent aux rayons du soleil, à l’agriculteur dont je connais le prénom et que je rencontre au marché chaque semaine et cela m’apporte un baume face au discours ambiant sur les changements climatiques.

Un des événements de Montréal auquel j’aime le plus participer chaque année est le Marché de la brunante, organisé par la Conférence régionale des élus de Montréal à la Société des arts technologiques. Tous les derniers producteurs agricoles de l’archipel – les irréductibles – accompagnés des nouveaux venus des quartiers centraux qui produisent notamment du miel sur les toits et sur les terrains en friches, des légumes en serre et des produits locaux transformés y sont. Non, il n’y a pas d’ananas, de papayes et de caramboles. Mais il y a tant de fierté. Mes amis et moi remplissons nos sacs à ras-bord, pour ensuite nous cuisiner un souper 100% local. J’aimerais que cette expérience annuelle gustative soit possible de manière hebdomadaire.

Je songe aux conditions économiques à mettre en place pour favoriser les activités de ces nouveaux producteurs agricoles en milieu urbain. Ils respectent tous les devoirs nécessaires à la production alimentaire. Mais jouissent-ils des mêmes avantages que leurs confrères ruraux ? Comment peut-on soutenir davantage ces entrepreneurs nouveau genre ? Quels seraient les incitatifs à mettre en place pour un producteur qui n’est pas établi en zone verte mais bien en zone urbaine ?

Je veux manger de cette salade 100% locale aujourd’hui pour dîner. Tiens donc, il n’y en a plus au marché aujourd’hui…elles ont toutes été vendues!

Olivier Lapierre

La fierté et le rêve

Il est fascinant d’écouter les conversations des Montréalais quand ils parlent de leur ville. La météo occupe évidemment une place particulièrement importante ainsi que la circulation routière et l’état des chaussées. Ces habitants du 45e parallèle nord font, cela dit, preuve d’une impressionnante dose de relativisme, eux qui subissent chaque année quatre saisons intenses et marquées, dont le temps peut varier du tout au tout, en un simple claquement de doigts.

Toutefois, les Montréalais ne rentrent pas leur langue dans leur poche aussi rapidement qu’ils rangent, dès l’arrivée des beaux jours en avril, tuques et manteaux d’hiver, malgré le célèbre dicton. Au contraire, que cette langue soit de Shakespeare ou de Molière, ils l’ont toujours bien pendue! Et ils hésitent rarement à s’en servir pour le débat ou la harangue. Du parvis des églises aux confins de Twitter, en passant par les pages des grands quotidiens, l’espace public montréalais ne craint pas l’opinion. Mais qu’apprend-on au juste, quand on analyse ces conversations?

Le Montréalais aime bien les bonnes nouvelles. Il se réjouit facilement à l’annonce d’un changement positif dans son quotidien ou son quartier. Il s’enthousiasme aussi quand on lui fait miroiter une innovation à venir, promesse d’un meilleur avenir. Il prête l’oreille lorsqu’un étranger parle en bien de sa ville. Et il n’hésite pas à passer le mot si l’un des siens parvient à se distinguer outremer, pour ses talents d’artiste ou sa réussite en affaires — ou, encore mieux, pour les deux!

Bien sûr, il y en bien toujours quelques-uns qui « chiâlent » et mettent un terme aux réjouissances. Ces empêcheurs de tourner en rond ne font pas exception : le Montréalais porte en lui le germe du doute comme celui de la passion. C’est dans sa nature. S’il se réjouit de l’embellie, il ne s’emballe pas pour autant. Après tout, une hirondelle ne fait pas le printemps. Un grand projet pour sa ville l’animera certainement. Il y verra un champ de possibles; un simple pont deviendra une porte d’entrée, un symbole international, un moteur d’innovation. Mais, sans être défaitiste, il verra aussi planer l’ombre de l’échec potentiel. Et si tout ne marchait pas comme prévu?

Parce que le Montréalais en a vu d’autres. Il est fier mais pas vantard. C’est un ambitieux modeste. Il a la célébration facile, mais il déteste la pompe et le faste. Il a le coude léger et le cœur sur la main, mais c’est d’un seul œil qu’il veille ou qu’il rêve, car il craint les lendemains. Il vit à la fois avec la promesse du printemps et la fatalité de l’automne. La fierté et le rêve, il les porte à la fois comme victoire et revers, comme médaille et comme croix.

Nous avons la chance unique de vivre dans une ville qui n’est pas faite d’absolus, où nous savons nous comprendre, parfois même sans parler la même langue. Alors, si on voulait organiser un grand dialogue entre nous, Montréalais, quel devrait en être l’objet?

  • Nous n’aurions certainement aucun mal à aborder l’avenir, pourvu qu’il ne nous écarte pas trop de notre souci du présent.
  • Nous envisagerions une discussion de nos talents et de ceux que nous n’avons pas, dans la mesure où ce n’est pas seulement pour en faire la critique ou l’étalage.
  • Nous accepterions volontiers des invitations à entreprendre, mais il nous faudrait pouvoir le faire à notre façon.
  • Nous contribuerions activement à l’ébauche de grands projets, pour peu qu’on s’attarde à leurs bénéfices concrets.

Il est peut-être temps de nous donner, dans ce dialogue, un regard collectif sur ce que nous sommes, pour mieux voir ensemble tout ce que nous pouvons devenir.

Louis-Félix Binette

Quand Montréal se donne à voir

Montréal a sa place sur la mappemonde. C’est une métropole qui rayonne : ses artistes, ses scientifiques, ses sportifs, ses hommes et femmes d’affaires en sont les ambassadeurs sur la scène internationale. C’est aussi une destination : de partout dans le monde, des millions de gens considèrent Montréal comme endroit où aller passer des vacances, sur la même liste que Barcelone, Londres ou Sydney. Plus de huit millions d’entre eux passent à l’acte annuellement. D’autres viennent pour y vivre, y travailler, y fonder une famille.

Mais qui est Montréal? Que représente-t-elle, pour ceux qui l’habitent comme pour ceux qui la convoitent? Quels sont les symboles de son identité? Paris et New York n’en manquent pas. Mais Montréal? Une fois passés les nombreux festivals qui ponctuent l’été, une fois fondue la neige qui égaye nos hivers, que reste-t-il, dans l’imaginaire collectif, dans cette rumeur globale où les villes sont des personnages, qui nous caractérise vraiment? Une fois balayée la poussière des grands débats qui nous animent et celle des chantiers, quelle image nous reste-t-il de nous-mêmes? Nous ne le savons même pas.

Pourtant, il s’en passe des choses à Montréal. Cette ville est une fourmilière de véritables entrepreneurs. Et nous ne parlons pas seulement de ceux qui fondent une entreprise à vocation commerciale. Nous parlons de gens qui lancent des projets et les mènent à terme, sans demander la permission à quiconque ni chercher l’approbation ou la reconnaissance. On se réunit facilement autour de passions communes, dans les parcs, les restos et les salles communautaires. Et les prétextes ne manquent pas. Mais on aime surtout se réunir pour faire.

Ici, il y a chaque jour des centaines de gens qui se posent des questions, mais qui n’attendent pas qu’on leur fournisse des réponses. Ici, on se retrousse les manches, on appelle quelques amis ou des voisins, et hop!, on retape un vieux cinéma ou on convertit une église, on fait une collecte d’aliments pour un organisme local, on monte une fête de quartier pour les enfants de tous âges. Dans le sport, en santé, en éducation, dans nos quartiers et nos salles de spectacle, cette ville est faite de projets que personne n’a inventés pour nous.

Si on pouvait vraiment « voir » Montréal, dans tout ce qu’elle a d’ordinaire, au sens le plus noble du terme — dans ces gestes qui ne sont pas posés à des fins extraordinaires, mais simplement parce qu’ils sont vrais, sentis, nécessaires —, quelle image aurions-nous de nous-mêmes? Quelle image pourrions-nous projeter à la face du monde? Quelles nouvelles ambitions collectives pourrions-nous nous trouver? Quel nouvel élan saurions-nous insuffler à Montréal?

Imaginons, un simple instant, que nous puissions visualiser tous ces projets, toutes ces actions, qui font de cette ville notre nid bien à nous et le berceau de joie de vivre que tant de touristes et d’immigrants convoitent. Y trouverions-nous un fil rouge, une sorte d’identité hybride qui nous unirait dans nos différences? Plutôt que de chercher l’étiquette qui nous résume, nous pourrions faire l’inventaire des ingrédients qui nous constituent et qui font la recette de notre succès. La répéter, l’améliorer, cent fois sur le métier repasser notre travail.

Et si on essayait tous ensemble, juste pour le fun, de « voir Montréal »?

Quels projets connaissez-vous qui pourraient donner un nouvel élan à la métropole?

je vois mtl

Je vois Montréal

Je vois Montréal 
comme une métropole au destin unique 
qui se retrousse les manches 
qui ne se croise pas les bras 
qui met de l’avant les solutions plutôt que les questions

Je vois Montréal 
comme une terre d’accueil ou un port d’attache 
où on affirme fièrement nos différences 
où on attire les meilleurs talents et les retient 
où on regarde au-delà des frontières sans laisser personne derrière

Je vois Montréal 
comme une terre de tous les possibles vouée au succès 
qui nous pousse à mettre le nez dehors 
à travailler ensemble pour que les rêves prennent racines 
et que l’ambition soit aussi contagieuse que durable

Je vois Montréal 
comme un livre ouvert 
qui nous appelle à écrire en noir sur blanc 
notre attachement et notre engagement 
à en faire voir de toutes les couleurs au monde entier

Je sais ce que Montréal a été 
je vois aussi aujourd’hui ce qu’elle pourrait être 
il ne suffit pas de savoir, il faut voir 
je jette un regard neuf sur Montréal et je partage ma vision

Je vois Montréal devenir… plus et mieux

Cet engagement sera ma première action